Feuille de relève › Trajets à contre-horaire
Les trajets à contre-horaire : rentrer de garde sans risquer la route
Le trajet, on n'y pense pas quand on signe un planning. Pourtant c'est souvent le moment le plus fragile de la garde : la relève est faite, la vigilance retombe, et il reste vingt ou quarante minutes de route. Voici les habitudes que les équipes ont prises pour arriver entières.
Le trajet, le maillon oublié de la garde
Il est 21 h 15, vous prenez le poste de nuit. Le bus de 20 h 50 était le dernier qui passait devant l'entrée du site, alors vous êtes venu en voiture, garée tout au bout du parking du personnel, là où l'éclairage s'arrête. Dans dix heures, vous ferez le chemin inverse, après la relève de 6 h 45, avec la nuit dans les jambes.
L'INRS rappelle une donnée que peu de soignants connaissent : les accidents de trajet domicile-travail sont beaucoup plus nombreux que les accidents survenus en mission. Et trajets plus missions font de la route la première cause de mortalité en lien avec le travail, autour de 30 % des accidents mortels liés au travail. Le trajet n'est donc pas un à-côté : il fait partie de la journée de travail.
La somnolence ne prévient pas
Après une nuit, ou au bout de la troisième nuit d'une série, le corps réclame son dû. La somnolence s'installe par petites touches : on bâille, on cligne des yeux, on ne se souvient plus des deux derniers ronds-points. Beaucoup de collègues racontent ce moment où la voiture a mordu la bande blanche et où ils se sont réveillés d'un coup. La fenêtre ouverte et la radio à fond donnent l'impression de tenir, mais ne règlent rien.

Il y a aussi les trajets du soir, dans l'autre sens : un poste du soir qui finit tard, plus de transport, un quartier désert entre l'arrêt de bus et la porte de chez soi. Et les soins à domicile, où l'on enchaîne les adresses avant même d'avoir commencé à rentrer.
Ce que les équipes essaient
S'arrêter plutôt que lutter
C'est le conseil qui revient le plus, et le plus difficile à suivre quand on n'a qu'une envie : son lit. Si les paupières tombent, on se gare dans un endroit sûr et on dort quelques minutes, siège reculé, portières verrouillées. Certains le font avant même de démarrer, sur le parking du personnel, quand ils sentent que la nuit a trop tiré sur les réserves. Ce n'est pas du temps perdu, c'est la condition pour arriver.
Pendant une série de nuits, une vraie pause au milieu de la garde aide aussi à rentrer moins épuisé. Ce qui se joue sur la route se prépare en partie pendant la garde.
Le covoiturage d'équipe
Dans plusieurs services, des collègues qui habitent du même côté s'organisent : l'un conduit à l'aller, l'autre au retour, ou celui qui est le moins fatigué prend le volant. On parle, on se tient éveillé, et on repère vite quand l'autre décroche. Un tableau dans la salle de pause ou un message sur le groupe de l'équipe suffit souvent à lancer le système.
Le vélo et la marche
Le vélo a ses fidèles : pas de parking à chercher, un air frais qui réveille, une vraie coupure avant d'arriver chez soi. La nuit, on travaille surtout sa visibilité : éclairage avant et arrière, vêtements clairs ou bandes réfléchissantes. Après une nuit trop dure, laisser le vélo au garage et rentrer autrement n'a rien de honteux.
Pour celles et ceux qui rentrent à pied seuls la nuit, quelques habitudes reviennent :
- prévenir quelqu'un de son départ et envoyer un message en arrivant ;
- rester sur les rues éclairées, même si c'est plus long ;
- garder le téléphone chargé et les écouteurs dans la poche ;
- repérer à l'avance les commerces ou lieux ouverts tard sur le chemin.
Ce qu'on en retient, et à qui en parler
Le trajet n'est pas qu'une affaire personnelle. L'INRS invite l'employeur à évaluer les risques liés aux horaires atypiques et à agir sur l'organisation, et il rappelle combien il est utile que les salariés soient associés à la construction des plannings. Les questions de trajet ont toute leur place dans ces discussions : un horaire de relève qui tombe juste après le dernier train, un parking du personnel mal éclairé, une navette qui ne passe plus la nuit.

En parler au cadre, aux représentants du personnel ou en réunion d'équipe, c'est faire remonter un risque, pas réclamer un confort. Parfois, décaler la relève de quinze minutes, ouvrir un parking plus proche aux équipes de nuit ou organiser un accompagnement jusqu'à l'arrêt de bus change beaucoup de choses.
Le repère. Somnolence au volant : on s'arrête, on dort quelques minutes, on repart. Rien ne remplace ce temps de sommeil, ni la musique ni la fenêtre ouverte.
Si un accident ou un incident survient sur le trajet, même sans gravité apparente, signalez-le à votre employeur sans attendre : les RH sauront vous dire quelles démarches faire et dans quels délais. Une fois rentré, la suite se joue dans la chambre : la page sur comment trouver le sommeil après une garde de nuit reprend les bases, et celle sur la coupure entre l'hôpital et chez soi parle de ce qui se passe entre la porte d'entrée et le lit.
Information générale. Cette transmission rassemble des habitudes d'équipes et des repères publics. Elle ne remplace ni une consultation, ni l'avis de la médecine du travail, ni les protocoles de votre établissement : si quelque chose vous inquiète pour votre santé, parlez-en à un professionnel.