Feuille de relève › Le dos et les transferts
Le dos et les transferts : lits trop bas, matériel d'aide et deuxième paire de bras
Le dos des soignants encaisse d'innombrables gestes sur une carrière. Toilettes, rehaussements, transferts du lit au fauteuil : on les fait vite, souvent seul, parfois mal installé. Voici ce que les équipes observent et ce qu'elles essaient.
Ce qu'on observe dans les chambres
10 h, la tournée des toilettes bat son plein. Un monsieur à remonter dans son lit, une dame à passer au fauteuil, une chambre où le lit est resté en position basse depuis la visite de la famille. Personne d'autre sur l'aile, la collègue est en salle de bains. Vous y allez quand même.
C'est souvent comme ça que ça se passe. Personne ne décide de mal faire. Le temps manque, la sonnette du bout du couloir insiste, et le geste se fait plié en deux, en torsion, avec le poids d'un adulte au bout des bras.
Ce que disent les chiffres
L'INRS rappelle que les lombalgies, ces douleurs du bas du dos, concernent 60 à 70 % des salariés à un moment ou un autre. Parmi les facteurs : les manutentions manuelles, les postures contraignantes, le travail physique dur, les chutes, souvent mêlés à la pression et aux tensions au travail. Un accident du travail sur cinq provoque une lombalgie.
Plus largement, les troubles musculosquelettiques représentent plus de 80 % des maladies professionnelles reconnues en France, et les activités d'aide et de soin à la personne font partie des secteurs les plus touchés. Cou, épaules, coudes, poignets : le dos n'est pas seul en cause.
La fatigue s'en mêle
En fin de garde, le geste se dégrade. L'INRS le note : la fatigue et les douleurs abîment la qualité du mouvement et favorisent les erreurs. Le transfert que vous faites proprement à 7 h n'a pas la même allure à 18 h 30. Sur les longues journées, on en parle aussi dans la fatigue qui s'accumule sur une série.
Ce que les équipes essaient
Rien de spectaculaire, surtout des réflexes qui finissent par devenir automatiques. Ils coûtent un peu de temps au début, puis plus du tout. Et ils marchent mieux quand toute l'équipe s'y met, de jour comme de nuit, plutôt que deux ou trois personnes motivées.
Remonter le lit, toujours
Le premier geste, c'est la hauteur. Un lit réglé à hauteur de hanches avant de commencer, même pour un soin court. Ça prend quelques secondes à la télécommande. Les équipes qui en ont fait une habitude le disent : au bout de quelques semaines, on ne réfléchit plus, la main y va toute seule.
Sortir le matériel d'aide
Lève-personne, verticalisateur, draps de glisse, guidon de transfert, planche de transfert : beaucoup de services en ont, mais ils dorment parfois dans un local au fond du couloir. Le réflexe qui aide, c'est de les ranger là où on s'en sert, et de savoir qui sait les utiliser.

Un drap de glisse bien placé transforme un rehaussement pénible en mouvement fluide. Un guidon de transfert évite de porter. Et quand le matériel manque ou qu'il est en panne, ça se signale, comme n'importe quel dysfonctionnement.
La deuxième paire de bras
« Tu peux venir deux minutes ? » La phrase ne devrait jamais être gênante. Dans certaines équipes, c'est devenu une règle tacite : on ne fait pas seul un transfert qui demande deux personnes, on attend, on appelle. Ce n'est pas du temps perdu, c'est du temps pris sur un futur arrêt.
Se former, et recommencer
Beaucoup d'établissements proposent des formations aux gestes et postures ou à la manutention des personnes. Elles valent la peine d'être demandées, et redemandées : un rappel quelques années plus tard, avec le matériel du service, n'a rien d'inutile. Pour garder quelques bases sous le coude, ces repères simples pour le dos, la nuque et les poignets donnent un bon point de départ.
Ce qu'on en retient, à qui s'adresser
Le dos n'est pas qu'une affaire de bonne posture individuelle. Les lits, le matériel, les effectifs et le temps disponible comptent autant que la façon dont vous pliez les genoux.
Le repère. Le message de l'Assurance maladie sur les douleurs du dos tient en une phrase : « le bon traitement, c'est le mouvement ». Les recommandations privilégient le maintien d'une activité physique adaptée, à voir avec votre médecin.
Signaler, même ce qui paraît petit
Un lit qui ne monte plus, un lève-personne sans batterie, un transfert qui s'est mal passé : tout cela se signale à votre cadre de santé, selon la procédure de l'établissement. C'est ce qui permet d'agir sur l'organisation plutôt que de demander à chacun de « faire attention ».
Ne pas laisser s'installer
Dans la grande majorité des cas, une lombalgie dure de quelques jours à un mois. Les troubles musculosquelettiques, eux, doivent être repérés tôt pour ne pas devenir chroniques. Une douleur qui revient à chaque garde, des fourmillements dans les mains, une épaule qui coince : parlez-en à votre médecin traitant et à la médecine du travail, qui peut aussi regarder votre poste et vos horaires.

Si le dos finit par peser sur la suite de votre carrière, il existe des pistes pour changer de poste sans tout jeter. Et quand une journée difficile laisse des traces au-delà du corps, on en parle dans ce qu'on rapporte à la maison après une garde difficile.
Information générale. Cette transmission rassemble des habitudes d'équipes et des repères publics. Elle ne remplace ni une consultation, ni l'avis de la médecine du travail, ni les protocoles de votre établissement : si quelque chose vous inquiète pour votre santé, parlez-en à un professionnel.