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Feuille de relève

Feuille de relève › Fatigue et pauses

Cible

La fatigue et les pauses : tenir sur 12 h et sur une série de nuits

Sur une garde de 12 h, la pause est souvent la première chose qu'on sacrifie. On la repousse, on la coupe, on la prend debout près du poste de soins. Pourtant, quand la fatigue s'installe sur une série, c'est elle qui tient le reste.

Ce qu'on observe sur les longues gardes

4 h 20. Le service est enfin calme, les perfusions tournent, la dernière sonnette s'est tue. C'est précisément le moment où la fatigue tombe d'un bloc. Les paupières pèsent, on relit deux fois la même ligne du dossier, le couloir paraît plus long qu'à minuit.

Ce creux de fin de nuit, tous ceux qui ont fait des nuits le connaissent. L'INRS l'explique par la désynchronisation de l'horloge biologique associée à une dette de sommeil : vous êtes éveillé à l'heure où votre corps attend de dormir, et souvent avec un déficit accumulé sur les jours précédents.

Les gardes de 12 h

En 2x12, les journées sont longues mais les jours de repos plus nombreux. Beaucoup d'équipes y tiennent. Le revers, c'est la fin de garde : les dernières heures se font sur la réserve, surtout quand la pause a sauté. Les transmissions de 19 h ou de 7 h arrivent avec une tête moins claire.

Les séries qui s'enchaînent

Sur une série de nuits, ou trois gardes de 12 h d'affilée, la fatigue ne repart pas à zéro chaque jour. Elle s'additionne. Un sommeil de jour plus court, un enfant malade, un trajet long, et la troisième garde n'a plus rien à voir avec la première.

Ce que les équipes essaient

La vraie pause

La vraie pause, c'est celle qu'on prend assis, loin du poste de soins si possible, sans téléphone de service dans la poche quand l'organisation le permet. Dix minutes avalées debout entre deux chambres ne comptent pas vraiment, même si elles valent mieux que rien.

Boisson chaude versée d'une bouteille isotherme dans un gobelet
le thermos, compagnon de 4 h

Une boisson chaude apportée de la maison, la boîte du soir, une chaise dans l'office : les repères sont simples. Côté café, gardez en tête que son effet dure plusieurs heures et peut retarder l'endormissement une fois rentré. On revient sur l'assiette dans la boîte préparée et la collation.

Les micro-pauses

Entre deux soins, quelques respirations près d'une fenêtre, s'asseoir pour écrire les transmissions au lieu de les taper debout, boire un verre d'eau en passant. Ce ne sont pas des pauses au sens du règlement, mais elles cassent la continuité. Elles aident aussi le geste : la fatigue dégrade les mouvements, et ce sont souvent les transferts faits seul en fin de garde qui en pâtissent.

S'organiser en équipe

Le vrai obstacle, c'est rarement la volonté. C'est le « vas-y, je te couvre » qui ne se fait jamais, parce que tout le monde attend le bon moment. Les équipes qui y arrivent ont un roulement décidé en début de garde :

  1. on fixe les créneaux de pause à la relève ;
  2. chacun sait qui couvre ses patients pendant ce temps ;
  3. on s'oblige à libérer la personne à l'heure, même si le service est chargé.

Cela paraît rigide, mais c'est justement ce qui permet à chacun de partir. Sans ça, ce sont toujours les mêmes qui sautent leur pause : la plus ancienne qui « n'en a pas besoin », le nouveau qui n'ose pas demander. Si une urgence décale tout, on reprend le roulement là où il s'est arrêté, sans rayer la pause de la liste.

Ce qu'on en retient, à qui s'adresser

La pause n'est pas un luxe ni un signe de manque d'engagement. Elle fait partie du temps de travail organisé, et des règles l'encadrent.

Ce que disent les règles

Dans la fonction publique hospitalière, service-public rappelle plusieurs repères. Une pause de 20 minutes est prévue pour toute période de plus de 6 h de travail consécutives. L'amplitude de la journée, pauses comprises, ne peut pas dépasser 12 h. Le repos quotidien est d'au moins 12 h consécutives, 11 h dans certains cas après accord. La durée de travail est plafonnée à 48 h sur 7 jours glissants, heures supplémentaires comprises.

Le repère. Un agent qui travaille exclusivement de nuit, au moins 90 % de son temps entre 21 h et 6 h, a une durée annuelle de travail de 1 476 h, contre 1 607 h en règle générale.

Dans le privé, les règles dépendent du Code du travail et de la convention de branche applicable : les RH ou les représentants du personnel sauront vous dire ce qui s'applique chez vous. Dans tous les cas, ces textes se lisent prudemment, et la direction des soins reste le bon interlocuteur pour les questions précises.

Les plannings, un sujet d'équipe

L'INRS insiste : l'employeur doit agir sur l'organisation des rythmes et des horaires, et il est primordial que les salariés soient impliqués dans l'organisation de leurs plannings, discutée ensemble. Si les pauses sautent régulièrement, c'est un sujet à porter en réunion de service, auprès du cadre de santé ou des représentants du personnel.

Horloge murale carrée accrochée sur un carrelage blanc
20 minutes, ce n'est pas du vol

Si la fatigue déborde sur vos jours de repos, si les yeux se ferment sur la route du retour au volant ou si vous ne récupérez plus, parlez-en à la médecine du travail. Et pour la suite, quand vous rentrez, tout commence par la chambre noire du lendemain.

Information générale. Cette transmission rassemble des habitudes d'équipes et des repères publics. Elle ne remplace ni une consultation, ni l'avis de la médecine du travail, ni les protocoles de votre établissement : si quelque chose vous inquiète pour votre santé, parlez-en à un professionnel.